Musique ( biographies )

Jeudi 16 juin 2005
FRANK ZAPPA

C’est en décembre 1940 que Frank Vincent Zappa, gréco-sicilien de la troisième génération, pousse ses premiers cris cacophoniques. Batteur en premier lieu, fan de rythm’n’blues, il vient à la guitare avec Muddy Waters et Johnny Guitar, qu’il écoute avec attention en compagnie d’un futur certain Captain Beefheart.
Dès ses débuts de compositeur de musique de films de troisième série, puis avec les Soul Giants en 1964, qui deviendront les Mothers – elles ne seront « Of Invention » qu’en 1966, lourdement suggéré par leur label Verve - il entame un combat musical, rebelle et anarchique contre ce qu’il appelle “l’ordre établi“. L’homme est à la fois cynique et caustique, adepte de la satyre, et les thèmes récurrents de la violence et du sexe dans ses chansons lui valent divers passages devant les tribunaux et autres gardiens de la morale. On se rend compte de son humour dès son premier album, Freak Out !, produit par Tom Wilson, l’un des producteurs de Bob Dylan.

Frank Zappa sortira rapidement beaucoup d’albums : trois rien qu’en 1968, où il se paie les Beatles et leur Sergent Pepper’s (We’re only in it for the money), ou encore travaille avec un orchestre avant de tourner au jazz-rock. Les formations, sous le nom des Mothers of Invention, changeront souvent de personnel, voire seront dissoutes puis reformées.
Le 4 décembre 1971, premier accident : en concert à Montreux, le matériel s’enflamme. Deep Purple fera un tube mondial de l’événement, nommé « Smoke on the Water ». Le 10 décembre, Zappa est poussé hors de scène à Londres et passera alors une partie de l’année 1972 dans un fauteuil roulant. Son larynx endommagé par la chute ne s’en remettra pas et sa voix baissera d’une tierce perpétuelle.

Une grande période commence alors, de plus en plus expérimentale musicalement, et politique dans l’expression textuelle. C’est l’époque de la xenochronicity, où plusieurs bandes sans relations entre elles se trouvent combinées pour une « musique asynchrone » (Friendly little fingers, 1976), puis de ses travaux sur Varèse (1982), de l’écriture d’un album pour le London Symphony Orchestra (1983), ou de la direction par Pierre Boulez de The Perfect Stranger (1984). On comptera aussi un musical politiquement incorrect, un orchestre de jazz de douze personnes, une candidature indépendante annoncée aux présidentielles américaines de 1992, des menaces de mort et un cancer de la prostate métastasé.

Si la force de Zappa était bien une infinie capacité à puiser dans tous les styles pour créer le sien, il est encore aujourd’hui surprenant d’apprendre combien le Grand Wazoo fut un adepte inconditionnel d’Edgar Varèse et de Stravinsky. Plusieurs de ses oeuvres, notamment pour grand orchestre (Bob in Dacron and Sad Jane), seront le témoignage de cette influence, étonnante pour un musicien qui considérait que la musique «classique» n'était réservée qu'«aux vieilles dames et aux pédés».

Comme tous les génies, Zappa disparaît beaucoup trop tôt, le cancer l’achèvera le 4 décembre 1993. C’est à lui que nous devons de connaître certains grands noms de la musique rock actuelle : Steve Vai, Adrian Belew, Chester Thompson, Chad Wackerman, Mike Keneally et Terry Bozzio, pour ne citer qu’eux, sont passés entre ses mains, et l’imposante discographie qu’il laisse en héritage – plus de soixante-dix disques portent son nom - n’a que peu d’équivalents dans le monde du rock, tant le guitariste a été prolifique et novateur. Tellement producteur que plusieurs albums sortiront encore après sa mort. Son nom, depuis, a été donné à un astéroïde, une méduse, un poisson et même un gène. Voilà qui colle assez au personnage qui ne manquait ni de hauteur, ni de piquant, glissant entre les doigts et dont la passion se transmet rapidement.

SOURCE => www.progressia.net

Par Jack The Ripper
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